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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 15:19

 

Sur le bout de sa langue, trois mots avaient éclos. Trois mots désemparés, sans force ni demain. Mots de la faim, mots oiseaux bec ouvert ailes pliées, nés de la dernière pluie et bons pour la prochaine, trois maigres déplumés qui emplissaient sa bouche et chassaient tous les autres.

Et Pierre, devant elle, attendait en silence.

Elle aurait pu les dire, les laisser s’empâter et puis aller se coucher.

Elle aurait pu, mais elle n’a pas voulu.

Doucement elle les a pris, sur le bout de sa langue, et entre ses mains jointes elle les a réchauffés.

Quand ils ont eu moins froid, elle a ouvert les mains et elle a soufflé dessus, soufflé de toutes ses forces pour qu’ils s’envolent au loin, très loin au-dessus de sa vie et au-dessus de Pierre.

Ils sont partis d’un trait qui a rayé le ciel, partis droit devant elle. Elle les a regardés, puis a baissé les yeux. Une plume était tombée et ses lacets défaits traînaient dans la poussière. Elle a rangé la plume au chaud contre sa peau, resserré ses lacets aussi fort qu'elle pouvait, et puis un pied devant l’autre, a pris le chemin de terre sous le trait dans le ciel.

Elle a marché longtemps et trébuché, beaucoup. Elle a marché longtemps, puis un jour elle a vu.

Au bout du trait un point, au bout du poing un bleu. Un bleu sans trait ni point.

L’espace. Le silence. Bleu comme les yeux de Pierre.

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commentaires

Marie-Anne 24/11/2012 08:53

J'aime !

myriam.rubis.wenig.over-blog.com 25/11/2012 12:14



Merci Marie-Anne ! Je craignais que ce soit un peu trop dense et élyptique. Bises.