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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 14:00

CIMG1897  (Tableau de Manuel Müller)

 

R(ythm) A(nd) P(oetry)

 

L’aurore aux doigts de rose pionce depuis longtemps déjà sous l’œil morne d’Apollon. Le Dieu Soleil baille, s’étire, le pied ballant hors de son char. Il attend la relève. S’ennuie. Se morfond depuis des siècles et prodigieusement, comme il sied à un Dieu. Même ses cygnes ploient du col. Chaque jour recommence et chaque jour finit et rien, rien de nouveau sous Lui-Même depuis ce temps... Ah ! Ce glorieux temps où chaque mot était musique, arabesque, pointe, où l’on dansait ses phrases sous la houlette à rubans de ce type, là, qui se prenait pour Lui. Quel homme ! Quel acteur ! Impayable, il était. Fallait voir ses costumes, plumes, bouclettes, talons hauts, tiens, il en rirait presque encore s’il avait l’énergie. Et son bouffon, il s’appelait comment déjà ? Sa mémoire lui joue des tours depuis le temps, mais sûr, c’était le meilleur. Ce sens de la fête, du rythme ! Un vrai dieu dans son genre, de quoi titiller la jalousie divine. Mais depuis plus rien ou si peu. Il guette pourtant de son œil divin un frémissement, un signe, quelque chose… S’aventure sur son char invisible dans les théâtres, les universités, les cafés philo, les cabarets même, mais que pouic. Le néant. Alors il a jeté l’éponge. Finis les vieux barbons, les comiques déprimants, les gesticulateurs arthritiques. Fini. Désormais, il traîne son blues dans les lieux simples, là où personne ne se prend pour personne, où il est sûr de s’épargner de nouvelles déconvenues. Rue du repos, par exemple, au point où il en est, hein, un peu de calme… Tiens ? Qui sont ces drôles ? Leur costume est amusant… On voit leurs dessous. Ils ont l’air joueurs, vivants, braillards. Apollon se penche hors de son char, tend l’oreille, se rapproche silencieusement.

NDULU : Tu m’kiffes ?

ALEX : Tu m’bades ?

MERIEM : Kif-kif.

Apollon hoche la tête d’un air approbateur. La rime est riche et griffe plaisamment l’oreille.

ALEX : Avoue Meriem, il est trop cheum !

NDULU : Hey gros, arrête de charrier.

ALEX : Toi-même hein, t’es en chien !

NDULU : Comment tu m’vénères ! Chouf  tes miches !

ALEX : Sur la tête à ma mère j’vais t’amocher déjà que tu l’es !

NDULU : Cherche pas l’embrouille ma khouye ou j’te zigouille.

Sa Majesté Solaire émet un léger gloussement d’aise. Il aime cette sonorité. Il en voudrait plus… Bien qu’inaudible, il tente une intervention : Ouille ! Nouille ! Gargouille !! Tentative vaine,  le groove lui échappe encore.

MERIEM : Popopo, les khojotos, vas-y on bouge loin des gyros. On se foncedé au Chèzlapère ?

ALEX : Chuis opé pour qu’on s’cryptonik à zombie-land !

NDULU : T’as chouf les shtroumpfs ? C’est cramé ! J’ai pas envie de finir la nuit en zonzon !

Sa Flamboyance se gratte les rayons solaires. Certains mots échappent à sa terminologie divine.

MERIEM : Zarma c’est la zermi ! T’es un keum ou un chewing-gueum ? Moi, j’gâche pas ma life avec un bolosse. Salam !

NDULU : Vas-y, la crypto-meuf, tu dizzigilexize, passke sur ma face t’as lu GO mais en vrai c’est OG : O-ri-gi-nal Gang-ster !

ALEX : Mdr ! Comment elle t’a trop mis l’affiche !

MERIEM : C’est bon là, arrêtez d’vous chicoter. On va pas s’mettre en tarpé les amégots, on va l’fumer quille-tran.

Apollon applaudit à tout rompre. Excellent, excellent ! Il a un furieux tendre pour les jeux de mots.

ALEX : Ta daronne en bike.

NDULU : La tienne en patins Tatie.

Tout en discutant, les trois jeunes gens sont entrés dans le cimetière du Père Lachaise et vont où leurs pas et leurs mots les mènent. L’Astre Solaire fouette ses cygnes pour suivre la cadence. Son sens oraculaire lui fait pressentir quelque chose d’outrageusement intéressant.

NDULU : Téma la rabza, formatée bazooka !

MERIEM : C’est la muse à Pincho !

NDULU : Ah ! Respect ! J’touche pas aux meufs des dee-jays.

Le Dieu des muses approuve. Il est lui-même protecteur des musiciens… Tant qu’ils n’en font pas trop... Et que leur meuf n’est pas trop belle.

MERIEM : Oh ! Té-ma le keum ! Gosse beau !!!

ALEX : T’es ouf ? C’est Vizsconci, garanti sans testostérone.

MERIEM : Même ! Il est nonka.

Là, Il contemple Meriem avec un intérêt accru. Il est lui aussi enclin à la polyvalence.

ALEX : T’as le teush ?

NDULU : Attends, y’a trop de bouffons ici. On va par là.

ALEX : T’es relou, fais tourner la beuh !

 

Ils s’asseyent au pied de deux tombes protégées d’une grille et se roulent un très gros joint. Apollon comprend tout de suite. La fumée est propice aux transes divinatoires. Ce sont des oracles. Des disciples en quelque sorte. Une larme d’émotion lui monte aux yeux.

 

ALEX : pfffffffffff….. Elle est bonne. Céki ces Maccabées ?

MERIEM : « Joh. La Fontaine Castrotheodoricus », un Ricain ou un Cubain je dirais.

NDULU : Et J.B. Poquelin ?

MERIEM : Lui c’est Momo !

NDULU : Un bledard ?

ALEX : Nan, un fucking gaulois.

« Mais oui ! Voilà ! C’est lui, lui, le Grand Bouffon ! Que Je sois loué ! Viens mon ami, viens nous rejoindre, viens nous éveiller ! ». Répondant à l’invocation divine, une ombre perruquée s’élève lentement au-dessus de la tombe de Molière.

MERIEM : Qu’en termes Burberry ces choses-là sont dites.

NDULU : Ah ça, ma meuf, voudriez-vous céans mon beat

Enrubanner et de mon flow tarir la gloire ?

 

MERIEM : Que nenni mon zinkou et du dernier bâtard

Serait cette pensée, mais l’affiner peut-être,

L’abaisser du canon, quelque manière y mettre

Pour que loin du mainstream vous étonniez mon ouïe.       

 

NDULU : Mettre en laisse ma rage, abdiquer, je ne puis.

 

ALEX : Laissez-là ce bouffon, cette erreur de sa race,

Et souffrez que je sois, tandis que le jour passe

Avec au train la nuit, votre keum, votre love.

 

MERIEM : Vous vous payez ma fass, Monsieur le roi du move,

Je vous sais polygame et l’on dit au quartier

Que vous vous encollez à plus d’une moitié.

 

NDULU : Oui, son tableau de chasse est un tableau de maître,

Votre bel œil de zèbre a chouf en lui le traître.

 

ALEX : Sérieux ma mie, je suis tombé en love

Et grave embéguiné. Je vous le dis sans glove,

De mon reuc de barbar’ vous avez fait quagebra.

 

NDULU : Son blah c’est du bling-bling, pas du dix-huit carats,

Moi je cause en Hermès et lui en Leader-Price.

 

MERIEM : Sûr, vous feriez fureur à Holiday on Ice

Mais vos fières ardeurs laissent mon cœur de glace.

Soucieux de mon honneur, restez à votre place

Et par ce calumet, scellons notre amitié.

 

NDULU : Ainsi vous renvoyez Eros en ses quartiers ?

Ecoutez cependant ce qu’il dit de vos grâces :

 

1)La beauté passe

Le temps l’efface

L’âge de glace

Vient à sa place

 

ALEX : 2) L’entend fort mal

C’est un brutal

Un vrai cheval

Franc animal

 

MERIEM : La rime devient faible et il se fait fort tard.

 

L’ombre de Molière, piquée, bondit au-dessus de sa tombe. Son Irradiance pouffe.

 

ALEX : Il est vrai qu’Apollon va remiser son char

Et que Diane déjà s’étire au firmament.

 

NDULU : Le fait est que ce lieu n’est plus aussi charmant.

J’ai cru voir un fantôme errer furtivement

Et l’envie de partir me prend furieusement.

 

ALEX : Je n’ai pas peur du tout mais je crains que ma mère

Qui s’affole d’un rien ne cède à ses chimères.

 

MERIEM : C’est parler sagement, ces craintes vous honorent

Et l’endroit est troublant, j’en demeure d’accord.

Je sens depuis tantôt quelque chose d’étrange.

Un spectre d’outre-tombe est passé qui nous change.

 

NDULU : Pour ma part, c’est curieux, je ne m’appartiens plus

Et il me vient des mots que je n’ai jamais lus.

 

ALEX : Le plus curieux mon frère est que je vous comprenne.

Il y a dans tout cela un fumet de géhenne

Qu’exhalent dans la nuit de sulfureux démons.

 

NDULU : Nous sommes possédés.

                                                                        ALEX : Partons.

                                                                                           MERIEM : Filons.

                                                                                                                  MERIEM : Courons.

 

Ils prennent leurs jambes à leur cou jusqu’à la porte du cimetière qu’ils franchissent au moment où le gardien allait la fermer.

 

NDULU : Y’avait quoi dans ta beuh ?

ALEX : Sais pas, mais elle était zarbi, non ?

MERIEM : Sur le Coran d’la Mecque, j’arrête la bédave.

 

Apollon et Molière sont restés dans le cimetière. Affalés dans le char, béats, les yeux dans les étoiles, ils se passent mollement un joint gigantesque et chantonnent un vieux menuet. Le char part à la dérive.

 

 

1 Molière authentique : Le malade imaginaire – second intermède.

2 idem : Le bourgeois gentilhomme – première entrée du ballet.

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commentaires

vincent 29/12/2010 17:55


J'aime j'aime j'aime
je vous sais polygame et l'on dit au quartier
que vous vous encollez a plus d'une moitié


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 29/12/2010 18:45



Tu aimais les maths à l'école, toi ?