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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:08

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« Le passage du renard requiert toujours des arachides et un peu de sérieux. » dit Sékou penché sur un carré de terre délimité par des capotes. Donc j’évite de me fendre la cacahuète. Parce qu’on rigole pas avec ces trucs-là, ça peut vous péter à la gueule quand on s’y attend le moins. Sékou non plus d’ailleurs, il rigole pas. Il est même tellement absorbé qu’il est plus vraiment là. Alors au bout d’un moment, comme je sais plus quoi faire, je m’interroge. Et ça m’ennuie, parce que si je suis venue jusqu’au bois de Boulogne avec une poule vivante, c’est justement pour me débarrasser de toutes ces questions qui me grignotent du dedans depuis quelques temps. Pour trouver des réponses qui les éliminent ou au moins les stérilisent, parce qu’il n’y a rien qui se reproduise plus vite à part Raymonde. Là, j’en suis à un stade où mon air est tellement saturé que j’ai plus d’inspiration et j’étouffe.

Tout a commencé de façon très insidieuse, des petites questions de rien planquées dans Hell ou Balivernes qui s’échappaient des pages pour s’accrocher à mes anfractuosités :  « Sur l’île déserte, vous emportez La critique de la raison pure ou un sex toy ?  »  « Etes-vous plutôt coquelitoridienne ou longitudinale ? » « Votre reniflard est-il en circuit fermé ? ». Je n’y faisais pas trop attention, parce qu’elles décrochaient assez vite, vexées par mon bac moins cinq. Et puis un jour, sur la chaîne de montage,  « Vous épanouissez-vous dans votre travail ? » m’est revenu en plein ventre et s’y est installé sous forme de gargouillis. C’était très gênant, alors je me suis échappée aux toilettes le temps que ça passe, mais rien, au contraire, la question gargouillait de plus en plus : « M’épanouis-je glouglou au tra- glouglou –vail. »  Comme il fallait impérativement que je retourne sur la chaîne, j’ai cherché une réponse dans ma réserve à pensées, mais j’avais atteint la date péremptoire et elles avaient toutes moisi en doutes. Alors je l’ai mise dans ma poche avec mon mouchoir par-dessus et je suis retournée au turbin.

L’après-midi a été supportable parce que même si la question s’agitait un peu sous le mouchoir, j’arrivais à la calmer vite fait d’un coup de poing bien placé. Le soir dans le métro, j’y pensais plus trop et j’allais m’assoupir comme d’habitude quand « Votre partenaire ronfle-t-il ? » s’est mis à siffler dans mes oreilles. Heureusement,  je me suis souvenue qu’Eugène dormait avec des écarteurs narinaires et avec ça je l’ai éjectée en pétant. Ca m’a rassurée cette réponse, j’ai même recommencé à dodeliner mon chef, quand tout à coup « Combien d’origamismes avez-vous en moyenne par mois ? » m’a collé un uppercut dans l’estomac ! Là, j’ai commencé à avoir peur. L’origamisme, quand même, je sais ce que c’est, pas de problème. C’est quand Eugène me dit une bonne blague et qu’après je suis pliée en quatre. Sauf que ça fait un bail que rien de rien. Depuis sa promotion, franchement, il a perdu beaucoup de son humour. Donc, j’ai pas une bonne moyenne, et en plus moins que rien, non seulement c’est une réponse nulle mais ça appelle un tas d’autres questions qui arrivent en courant : « Vos préluminaires sont-ils en veilleuse ? », « Qui tient la télécommande ? », « Vous dézappez-vous facilement ? »

Bientôt, il y en a eu tellement qui s’enroulaient autour de mes idées d’avant que je pouvais plus rien faire. Mon psychopathe a dit que c’était une répression à cause de la suffocation des idées.

C’est pour ça que je suis au bois de Boulogne avec Sékou. Parce que lui, il a réponse à tout, c’était écrit sur Maraboutage.com. Alors j’attends.

Je sens que ça vient, il fait « mmmmm » en tripotant la poule qui aime pas trop ça. Et puis ça sort, comme une lumière dans le noir. Car il l’est.

« Madame Josie, écoutez-moi bien ».

J’écoute tellement que ça bourdonne.

« Le renard est passé, vous pouvez constater, les capotes ont été déplacées . »

Ah !

« Mais il n’a pas apporté de réponses. »

Je m’accroche à mon sac à main.

« Et il a avalé toutes les questions. »

Là, malgré le sac, je tombe d’un coup dans mon vide, poussée par la phrase du dessus. D’abord tout droit, et puis le vide se met en spirale. Il tourne, il tourne, de plus en plus vite, de plus en plus étroit, et moi je m’évacue, je me perds. J’essaie de m’appeler mais je réponds plus, j’ai plus rien à dire. Plus rien du tout.

Les mots ont disparu, y’a plus que du silence. Un bon silence de feuilles et de lumière. Un silence chaud et feuillu dans mon ventre. J’y reste, je suis pas pressée. Le sourire tout blanc de Sékou flotte au milieu pour dire voilà, c’était pas plus compliqué que ça. Fallait juste s’évacuer, parce que dans votre pays, on est plein d’inutilités bruyantes qui empêchent de faire des vraies choses.

Des vraies choses... Plus des fausses, des vraies. Oui, c'est ça que je veux faire plus tard. Et d'abord, pour pas commencer trop fort, je ferai rien. Rien du tout.

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