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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 11:18

 

C’était des vacances comme d’autres. Brumeuses, anesthésiées, hors-temps. Ca lui allait, à lui, cette bulle lisse sans creux ni bosses ni failles par où des sensations auraient pu se glisser. A l’abri derrière sa surface, il effleurait seulement du bout de sa conscience les manifestations de vie extérieure. Des scènes de cinéma filées en bleu kaki sur sa paroi. Ca le berçait, ça enneigeait sa pensée. Il se sentait comme une tour Eiffel dans une boule à neige : Con mais bien, vraiment. Il se disait qu’il voulait rester comme ça toujours : Con et bien dans une boule à neige oubliée quelque part, recouverte de poussière, invisible et aveugle.

Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Le destin, le hasard ou la fatalité avaient voulu que cette pétasse le repère derrière sa bulle. Surgie de nulle part, l’air de pas exister mais indécemment réelle, elle s’était plantée devant lui, mains sur les hanches, regard direct et sans pitié. Elle ne lui avait pas demandé son avis, n’avait pas pris la peine de tâter le terrain, de tourner un peu autour du pot, de le renifler avant pour être sûre, non, elle avait foncé droit sur lui sans hésiter. Il n’avait pas eu le temps de rouler plus loin dans sa bulle, de s’enfoncer dans le sable comme un crabe, non, trop tard, elle avait déjà mis ses grosses pattes sur son bocal, et ses yeux traversaient sa paroi, et il se sentait aussi nu, con et impuissant qu’un poisson rouge.

Si encore elle s’était contentée d’observer de l’autre côté du bocal, mais non ! Très vite, il avait fallu qu’elle y plonge les mains, qu’elle tâte, qu’elle confirme ses soupçons, et puis, ça devait arriver, elle avait fini par plonger dans un style tout sauf académique. D’abord, il avait cru sa dernière heure arrivée. Un raz-de-marée pareil dans un tout petit bocal, normalement, on n’y survit pas. Et puis si. Le bocal avait chaviré avec tout son contenu, y compris lui et elle, et ils s’étaient retrouvés échoués mouillés essoufflés sur le sable. Tout de suite, une image idiote lui avait traversé l’esprit : Cette fameuse scène de cinéma en noir et blanc, dans quel film déjà ? Il y a un couple hollywoodien, lui baraqué, elle blonde pulpeuse maillot mouillé moulant et entre eux, le premier plus long baiser du cinéma, un truc choquant pour l’époque. Et il s’était mis à digresser de la pensée, à dériver, à se relâcher, quelque chose d’inhabituel. Alors, quand elle avait plongé sur lui pour lui faire un très long baiser cinéma maillot mouillé moulant, un truc choquant, même pour l’époque, il n’avait pas pensé à résister. Il n’avait pas pensé du tout. Sa pensée avait fondu. Son corps avait fondu. Avec elle. Sur le sable. Sans laisser de trace.

 

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