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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 06:00

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Un pompon rouge, une corde de guitare et quelques mots à toi tombés sur un papier. De l’écume, presque rien. J’avance ma main vers la boule de laine. Conneries tout ça. J’avance quand même, j’effleure, je caresse. Tout revient. J’ai trois ans et toi juste vingt de plus. J’ai  la tête au-dessus des nuages parce que je suis dans tes bras et que tu es le plus beau dans ton costume marin. Tu es très grand, très fort, tu sais faire des doubles saltos arrières, escalader des montagnes et grimper aux arbres. Un jour, tu es même monté si haut que j’ai cru que tu ne reviendrais jamais. Tu avais disparu dans les feuillages et la lumière. Tu es revenu pourtant. Ce jour-là.

Longtemps après, je ne t’ai plus trouvé beau. Tu étais maigre et triste, tu ne grimpais plus aux arbres et dans tes yeux, il n’y avait plus que du silence et pas de place pour moi, j’étais devenue trop grande. Tu étais quelqu’un d’autre. L’homme au pompon, celui qui faisait des saltos arrières et qui grimpait aux arbres s’était fait la malle. Alors je l’ai oublié. C’était mieux comme ça.

Et puis… Et puis encore plus longtemps après, ce drôle d’automne, tu es redevenu beau, tes yeux se sont remplis de lumière et les quelques mots que tu prononçais encore s’envolaient bien au-dessus de tes arbres. Ton silence s’est ouvert et j’y ai entendu ce qu’il y avait à entendre.

C’est ce moment-là, ce moment précis que tu as choisi pour t’en aller encore, mais pas comme les autres fois, pas comme un voleur. Tu es parti le sourire aux lèvres, tes amis tout autour et moi un peu plus loin, tu es parti et tu es devenu ce que tu avais toujours voulu être : ta terre, tes arbres, ta source. Tu es devenu aussi ce que tu ne voulais pas être : Un nom respectable aux lèvres des anciens, un soupir de vieille, signe de croix, un soupir de moins vieille, sacré toi…  Tu t’es effeuillé sur ces montagnes et ce village en comptant un peu sur moi pour te ramasser à la pelle et soigner tes châtaigniers. Moi qui ne sais pas grimper aux arbres. Moi qui suis sans racines.

Un an après ton départ, j’ai rouvert ta maison. J’ai pris mon temps, j’ai pris une pelle, toutes les châtaignes à remiser, les feuilles, les pommes, tous les débris. J’ai pris mon temps, j’ai pris le tien, à l’ombre de tes châtaigniers.

 

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