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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 08:38

  femme-cage.jpg

 

Il n’était ni beau ni laid, ni mâle ni femelle, ni ceci ni cela ou tout ça à la fois. Il était flou et fier de l’être et remplissait l’espace de son imprécision, ouvert à tous les vents.

Quand elle l’a vu, elle qui passait ses jours à se cogner aux limites de sa stricte définition, petite momie dans sa cage de verre, elle s’y est engouffrée, avalée, aspirée par son appel d’air, par son appel d’elle.

Il l’a laissée venir, laissée tourbillonner et il l’a trouvée belle avec sa soif de naître, belle comme un oiseau qui a les ailes coincées. Alors l’une après l’autre, il a défait ses bandelettes, lui a massé les ailes et les a déployées. Il lui parlait tout doux pour qu’elle n’ait plus peur, il lui parlait du ciel et de ses courants d’air qui vous portent où on veut. Il lui disait « va ! » et elle s’envolait, il lui disait « reviens » et elle se posait sur son poing solide de fauconnier.

Elle prit de l’assurance, vola chaque fois plus loin mais toujours à portée de son poing. Parfois, elle réclamait ces œillères que l’on met aux faucons. Les autres en avaient bien, alors pourquoi pas elle ? Mais lui, il refusait. Elle ne comprenait pas. Quoi ? Tu ne m’aimes pas tant que ça ? Mais si, si justement. Alors donne. Jamais.

Un jour, il lui a dit : C’est bien, tu peux te passer de moi et puis il est parti.

Elle, elle n’a rien compris, ses ailes se sont bloquées et elle est retombée dans sa cage de verre qui était toujours là. Il y faisait si froid qu’elle a voulu remettre ses bandelettes serrées, mais ça ne marchait pas, y’avait plus que des bouts, il avait tout coupé.

Elle a cogné sa tête à la cage de verre et pleuré des rivières, pris le ciel à témoin, crié à l’injustice. Le ciel a répondu : Ma belle, il y a maldonne. Faut voir à pas confondre passeur et puis passage, passage et puis sortie. Va, ça suffit comme ça, puisque tu as des ailes sers-t-en et viens par là. Mon nom à moi c’est Vie, la seule qu'il faut aimer d'un amour éternel et j'ai tous les visages. 

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Gaspard 10/03/2011 22:08


Tous les jours, ou presque, je franchis mon rubis-compagnon d'écriture. Je m'égare, je me perds, je me vautre, je m'aère (et toi aussi désormais). Ton imagination est fertile, tes touches de style
graciles : entre poésie et récit, tes histoires flirtent avec abrupteté sans choquer. C'est souvent une histoire de tectonique des plaques. Et je trouve souvent harmonieuse leur rencontre.
Félicitations et encouragements d'un désormais fidèle, sincère et réel lecteur.


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 10/03/2011 22:21



Chère Gaspard de la nuit, j'en deviens rubiconde. Il va donc falloir que je sois à la hauteur de tes encouragements, j'en ai le vertige, mais il n'est jamais trop tard pour apprendre à danser la
tektonik des mots en équilibre, entre ciel et terre, sur le fil du rêve, surtout pas du rasoir. A toi de jouer aussi...