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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:43

On a des préjugés. Contre les taupes. On croit par exemple qu’elles sont myopes comme elles-mêmes. C’est faux ! Leur vue est parfaitement adaptée à leur environnement. On dit aussi qu’elles ont la robe terne. Archifaux ! Leur poil est soyeux et miroitant, et leurs pattes, deux coupelles fines pour creuser la terre. Les taupes sont belles, croyez-moi !

Mais parmi elles, il en fut une, taupe d’entre les taupes, taupe modèle de haut en bas, qui les surpassaient toutes : C’était la princesse Taupe Haze, une brume, un bijou, prunelle de ses parents, roi et reine comblés d’une vaste taupinière. Vint le jour où elle fut en âge de se marier. La belle aimait le prince Taupin d’une taupinière voisine, et lui l’aimait aussi, mais pour leur perle fine, père et mère voulaient ce qui se fait de mieux en manière de gendre. Ils pensèrent donc tout naturellement au soleil,  car bien que mal connu chez les taupes, des cousins de surface leur en avaient dit le plus grand bien. Toutefois, pas question de s’engager à la légère. Ils envoyèrent donc en reconnaissance leur ambassadeur, le Marquis de Taupe Inembourg.

Il partit, il revint :

«  C’est assurément quelqu’un de très brillant ! »

-          Ah ! Firent les parents impressionnés.

-          Mais un détail me chiffonne : un nuage suffit à le faire disparaître !

-          Si les nuages sont plus puissants que le soleil, nous voulons pour notre enfant un nuage ! Allez, et trouvez-en un de haut rang pour notre princesse !

 

Le marquis repartit donc, fit la tournée des nuages, chercha longtemps. Aucun n’échappa à son enquête : cirrus, cumulus, nimbus, stradivarius… Et voilà que tout à coup, il vit passer un garçon nuage superbement fait, costume blanc, frange de gris sur le côté, l’élégance faite nuage. Il allait lui communiquer la flatteuse proposition quand… Un brusque coup de vent coupa en deux le vaporeux, le dispersa, l’émietta, le réduit à néant. Découragé, l’ambassadeur revint à la taupinière.

 

« Bien, admirent les parents, nous nous sommes trompés. C’est donc un gendre éolien qu’il nous faut.

Certes, mais lequel ? Mistral ? (trop brutal !), zéphir ? (d’une insoutenable légèreté), sirocco ? (affreusement chaud), foehn ? (pas sérieux) chinook, chergui, bora, suroît ? Il en avait le tournis. Il allait renoncer quand il remarqua un vent d’est, fin, décidé, affûté. Inembourg lui courut après à s’en user les pattes. Soudain, le vent buta contre un mur.  Mais attention, pas n'importe quel mur ! Un mur comme on en fait plus, de ceux qu'on trouvait dans les campagnes d’autrefois : tout en grosses pierres rugueuses, assemblages terreux, quelques touffes d’herbe dans les creux. Le vent voulut le traverser, insista, s’acharna. « Essaie toujours, dit le mur de sa voix de mur goguenard, tu ne m’ébranleras pas, je suis plus fort que toi ! » Le vent s’y brisa le front.

 

« Incroyable ! se dit le marquis. C’est lui et non le vent qui mérite la princesse ! Inutile que je refasse le voyage, je devine la conclusion. » Il entama donc les négociations avec ce mur qui surpassait le soleil, les nuages et les vents.

Les pourparlers étaient en bonne voie quand une pierre au-dessus d’Inembourg se descella. Il eut à peine le temps de s’écarter, d’autres pierres lâchaient déjà. Bientôt, le mur s’effrita, se délita et enfin s’écroula, miné de l’intérieur par une monstrueuse mégapole taupine. C’était celle du petit Taupin de la princesse.

 

Que croyez-vous qu’il arriva ? La belle épousa en joyeuses noces son prince qui, disaient les parents, avait tout du gendre idéal.

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