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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 07:57

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Elle avait la tête dure. En béton armé jusqu’aux dents pour que personne n’y rentre, que personne ne voit. Faut dire, c’était pas joli joli ce magma sous son crâne, c’était tout cassé, concassé, rempli jusqu’à sa gueule, sa grande gueule fermée où l’air ne passait plus. Mais le trop-plein de laideur, ça vous étouffe la tête, alors quand elle avait trop mal, elle la cognait au mur dressé tout autour d’elle. Un mur tellement haut qu’au-dessus y’avait rien. Un mur tellement sourd qu’il n’y avait pas de risque que ses coups résonnent. Alors elle cognait, rassurée au fond, parce qu’être entendue, c’était risquer l’ouverture par où passe l’illusion, risquer le malentendu. Mais y’avait pas de danger, son mur c’était du solide, et elle l’aimait pour ça. Tellement qu’elle lui donnait des noms, lui prêtait un corps, des yeux, une bouche, une âme pas contrariante, c’était jamais que la sienne. Elle cognait à son âme pour pouvoir y rentrer. Elle était à côté de son âme.  

Elle a vécu longtemps agrippée à son mur. A force bien sûr, elle l’a connu par cœur, connu par hauts le cœur. A le vomir. S’en vomir. Ca lui a fait comme un trou où l’espoir est passé. L’espoir de quelque chose de l’autre côté du mur. Quoi, elle ne savait pas. Quelque chose d’effrayant, forcément. L’autre côté de son trop-plein, ça pouvait être que le vide, et pour sauter dans le vide vaut mieux pas tenir un mur à bout de bras et de souffle. Mais le mur tenait à elle. Il tenait par sa peur.  

La peur, elle s’est dit, je la connais tellement que j’en ai plus vraiment peur. La peur, c’est comme les chiens, faut pas en avoir peur ou sinon elle te mord. La peur c’est comme l’amour, Il faut l’apprivoiser.  

Elle a ouvert sa gueule en grand et elle a aspiré, aspiré son désir d’autre chose. A en imploser. Puis elle a levé la main. L’a posée sur le mur. A caressé la pierre, légèrement d’abord, puis à pleine paume pour s’en érafler et s’ouvrir la peau, doigts plongés dans les coins, les recoins pour gratter. Elle a collé son corps, sa bouche sur la pierre. Elle a léché la pierre qui avait un goût de sel. Lui a parlé. De sa peur, ses désirs, son espoir d’autre chose, même terrible, de l’autre côté de lui. Elle lui a dit qu’elle savait qu’il n’était qu’un appui et qu’elle l’aimait pour ça, mais que maintenant elle était forte, qu’elle pouvait tenir debout, sans lui, qu’il devait la croire et la laisser passer.  

Le mur l’a entendue.

Lentement, il l’a avalée.

Lentement, elle l’a traversé.

De l’autre côté, des mains l’ont attrapée, soulevée, secouée. Quelque chose l’étouffait. C’était son souffle. Alors elle a hurlé pour le laisser sortir.

Et elle a respiré. La terrible beauté. De la vie.

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