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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 15:41

A un moment donné, elle a clacksonnaillé comme un vélo rouillé dans son sommeil et j’ai été secoué d’un rire mal contenu. Or je ne voulais pas la réveiller et par ailleurs j’avais diverses activités ordinaires en attente. Bien sûr, rien ne m’y obligeait, ce n’était que du fourre-temps, mais il faut bien enrober l’essentiel pour l’amortir et éviter qu’il casse. Alors j’ai cherché autour de moi un endroit adapté à ses particularités et mon regard est tombé sur un nid de pie abandonné dans le vieux cerisier. C’était un arbre irréprochable, ponctuel pour ce qui est des cerises et adossé à une échelle. J’ai passé lentement mon bras gauche sous l’étoile en contenant mon cœur qui devenait sonore et je suis allé dans l’arbre. A l’œil et au toucher, le nid semblait confortable avec son tapis de plumettes grises. Je l’y ai donc déposée doucement et puis j’ai eu froid, bien sûr. Ensuite, je suis rentré en moi pour y faire ce qu’il fallait, mais je manquais de cœur à l’ouvrage parce que je n’avais pas tout récupéré. Du coup, j’ajustais mal mes idées qui prenaient un tour involontaire et ne s’encastraient plus bien. Même mes tentatives de raccordements tubulaires n’aboutissaient à rien. Alors plutôt que de continuer à endommager mes idées, j’ai préféré m’endormir dessus pour que le lendemain arrive plus vite, et avec lui l’étoile. Ca n’a pas traîné. Dès que le soleil a pointé son crâne, j’ai bondi hors de moi et j’ai couru au cerisier. Mais arrivé à l’échelle qui montait vers Astrid, j’ai dû m’arrêter à ses pieds à cause d’un excès d’oxygène qui me faisait flotter. C’est qu’elle débordait tellement de son nid que l’air ne savait plus où aller et entrait par ma bouche ouverte. J’ai expiré plusieurs fois jusqu’à me dégonfler assez pour comprimer les vers classiques qui se tortillaient sur ma langue et les trilles d’oiseau dans mon ventre. Et puis je me suis élevé vers sa lumière. Elle se tenait très droite et très belle dans ses rayons emmêlés et ses yeux grand ouverts montraient tout. Je n’étais pas prêt à ça. Alors j’ai remis très vite mes lunettes pour la filtrer et retrouver mes mots. Les deux premiers qui me sont revenus, c’était : « Ca va ? ». Les siens non plus ne devaient pas tous avoir refait surface, parce qu’elle m’a répondu :

-  Où suis-je ?

-  Dans un nid de pie en haut d’un cerisier planté dans mon jardin

-  C'est bien ce qu'il me semblait. Je suis déplacée.

-  Comment vont vos agrafes ?

-  Mieux, je crois.

-  Alors je vais continuer à vous cracher dessus.

-  Pardon ?

-  Ne le prenez pas mal, ça se fait couramment chez les chiens.

-  Vous êtes un chien ?

-  Non, un humain.

-  Dommage, on dit le plus grand bien des chiens.

-  Il y a des chiens qui adoptent des humains, preuve qu’ils ont quelque chose en commun. D’ailleurs, quand j’étais plus petit, un caniche m’a aimé…

-  Vraiment ?

C’est à ce moment-là qu’elle m’a souri du fond de ses yeux et même avec les lunettes j’ai eu très mal, mais je me suis raccroché aux branches. Dès que j’y ai vu moins clair, je me suis rétabli sur l’une d’elles et Astrid en a profité pour rouler vers mes genoux sous prétexte de se faire soigner et recoiffer. Ca m’a plu que ça vienne d’elle, car je n’aime pas me sentir trop seul dans ces circonstances. On a encore parlé et le temps s’est effacé pour la mettre en relief. Astrid m’a surtout interrogé sur les choses vues d’en bas parce qu’elles changent beaucoup selon l’altitude qu’on a, et la sienne s’était considérablement réduite. Je répondais le plus précisément possible et elle m’y encourageait en rayonnant pour mieux m’absorber. Au bout d’un moment, j’étais tellement absorbé que je ne pensais plus du tout à ce qui me concernait à titre privé. C’est elle qui m’a rappelé à l’ordre en redoublant d’éclat quand la nuit est tombée en se prenant les pieds dans le jour. C’était un réflexe induit par l’ombre et non un acte visant délibérément à me nuire, mais il valait mieux que je m’éloigne avant de devenir aveugle. Je suis donc rentré et j’ai fait comme la veille en attendant le lendemain qui était ce qui comptait. Et puis le lendemain, j’ai fait comme le jour précédent et ainsi de suite un nombre incalculé de fois parce que j’avais cessé de tenir ma comptabilité.

 

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