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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 15:37

Il y a quelques temps, une étoile est tombée dans mon jardin.

Elle est tombée comme ça, poussée par le matin qu’elle n’avait pas vu venir, en plein sur mes plates-bandes où poussaient mes pensées, mes soucis, mes petits pois. C’était sans le faire exprès, ça n’était pas prévu. Elle était même très embêtée, très empêtrée dans ses rayons. Elle a voulu se relever, mais rien à faire, elle était sur le dos. Alors elle a poussé un cri, un tout petit. C’était le matin, l’air était encore dégagé de tous ses bruits et ses silences aigus, alors son cri, quoique petit, est bien ressorti. Il était très particulier, un peu comme un crissement de pneu. En plus émouvant bien sûr, sinon je ne serais pas sorti de moi alors que j’y étais très occupé à tourner-ajuster mes idées. C’est mon métier, tourneur-ajusteur d’idées. Un métier très interne mais avec tout de même une ouverture côté jardin. Je n’ai donc eu qu’à m’enjamber pour aller voir.

D’abord, je n’y ai vu que du feu, du feu blanc mousseux. C’était beau mais imprécis, ça m’a contrarié. Je lui ai dit : « Vous êtes floue ! ». Elle s’est vexée et m’a répondu « Vous-même ! ». On était mal partis. Par chance, j’avais toujours sur moi des lunettes d’étoiles en prévision de ce genre de situation. Je les ai donc posées sur le bout de mon nez pour ne pas voir plus loin mais je l’ai tout de suite dépassé à cause de la vitesse de sa lumière. Lorsqu’elle a compris que je la voyais telle quelle, tout emmêlée, tout empêtrée dans ses rayons, elle a scintillé rose. Ca lui allait plutôt bien mais j’ai fait celui qui n’y attachait aucune importance et j’ai sorti négligemment un peigne à étoiles que je gardais aussi au fond de ma poche, au cas où.

« Bonjour, lui ai-je dit histoire d’engager la conversation.

-  Bonne nuit.

Elle a dit ça avec une voix de boîte à musique qui donnait envie de danser, mais je l’ai tout de même détrompée.

-  Non, là c’est le jour.

-  Ah ? C’est ça, le jour ?

-  Oui. Vous ne saviez pas ?

-  Bien sûr que non ! Je suis une étoile, ça se voit pas ?

-  Si, ça crève les yeux. Mais permettez que je me présente : Legarçon. Et vous ?

-  Astrid.

-  Ca tombe aussi bien que vous, je trouve. Astrid… Dites, Astrid, c’est sûrement très gênant tous ces nœuds. Voulez-vous que je vous recoiffe ?

 

Et j’ai agité mon peigne en guise d’argument.

 

-  D’accord, mais je vous préviens, je suis très douillette !

-  Je comprends, vous êtes tombée de haut. Néanmoins, je vais devoir vous prendre sur mes genoux.

-  Ils ont l’air pointus. Pourriez-vous les rentrer ?

-  Certainement. Voilà… Permettez…

-  Ouille !

-  Je vous ai à peine touchée !

-  C’est que mes agrafes dorsales me font terriblement souffrir.

 

J’ai arrondi mes genoux autant que possible et avec mille et une précautions, je l’ai installée sur le côté. Elle avait une consistance de cristal doux qui aurait pu me distraire mais j’ai préféré regarder ses agrafes. Elles étaient à vif, bleu nuit sanguinolent, et minuscules. Leur taille m’a laissé supposer qu’Astrid n’avait pas atteint sa plénitude, d’où son décrochage et sa blessure. Je n’ai rien dit pour ne pas l’inquiéter et j’ai commencé à la démêler avec délicatesse en chantant une berceuse andalouse très étoilée.Au bout de quelques minutes, je l’ai sentie devenir toute molle et tiède et elle s’est mise à ronfler légèrement, comme un pneu qui se dégonfle. Ca m’a étonné de la part d’un astre, mais on se fait vite des idées qui ne résistent pas à la réalité d’une étoile sur ses genoux. C’était une réalité très enveloppante et moelleuse. Agréable et rien de plus pendant quelques instants. Mais très vite ça m’a fait réfléchir, ce qui gâche toujours un peu le plaisir. Ses blessures dorsales, surtout, me préoccupaient, d’autant que je n’y connaissais rien. Je savais évidemment que le mercurochrome ne pouvait pas convenir à cause de la couleur qui n’allait pas avec son sang bleu, et qu’il lui fallait quelque chose de tout à fait naturel, comme elle. Alors j’ai pensé à un remède intérieur très efficace chez les animaux. Ma salive. J’en avais plein en réserve à cause de mon père qui me demandait toujours de l’économiser. Ce genre de conseil parental qu’on ne comprend pas mais qui peut un jour trouver sa justification. C’était peut-être le moment et de toutes façons je n’avais pas d’autre solution. J’ai donc crachouillé sur son dos le plus discrètement possible pour ne pas la réveiller et j’ai attendu. A vrai dire, ça n’avait pas de sens d’attendre, et d’ailleurs il ne s’est rien passé, mais je le faisais sans m’en rendre compte, les fesses dans mes pensées à cause de sa tiédeur.

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