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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 10:18

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Viens, on s’tire. Je veux plus te voir grandir dans cette forêt de béton avec un timbre poste à la place du ciel, avec du macadam qui cogne sous les pieds et le bruit des moteurs pour te donner le la d’une comptine de métal. Je veux plus te voir marcher sur un chemin d’école où y’a même pas de buissons et seulement des pigeons qui ne savent plus voler. Je veux pas te voir vieillir avant le moment prévu.

Allez, viens voir les dauphins verts et les perruches en feuilles, les aras tellement bleus qu’ils effacent le ciel,  les oiseaux-café, les oiseaux-cuillère pour tremper dedans et plein d’autres bestioles avec des couleurs que tu connais pas.  Et puis c’est promis, je te laisserai marcher pieds-nus sur la terre pour qu’elle te gratouille entre les doigts de pieds. Pour ce qui est du ciel, tu feras attention. C’est beaucoup plus grand, tu pourrais te noyer, mais moi je te tiendrai comme un petit ballon gonflé au bonheur. Qu’est-ce que je serai fière ! Ce sera autre chose que de te voir tirer sur ton gros cartable comme un p’tit forçat, et moi qui t’emmène, et moi qui te pousse - Allez, t’as vu l’heure ? - vers ton bagne rose, maîtresse à la porte, sourire comme il faut, et moi qui te laisse, porte refermée et mon cœur aussi.

Va ! pour la maîtresse, faut pas t’inquiéter. On dira un truc, même si c’est pas vrai, et puis on s’en fout. J’t’en trouverai une autre, une belle fée des bois qui donne pas de leçons et qui t’apprendra à ne pas nommer les fleurs et les bêtes, ça leur fait trop peur. On commence comme ça, on leur donne un nom, on les classifie, on leur fait des trucs tout à fait bizarres et v’là le poireau-cerbère à dix têtes, une marguerite qui n’a plus de pétales et qui dit seulement : Pas du tout, du tout, une poire-haricot, la chenille en manque et l’abeille shootée qui sait plus compter seulement jusqu’à huit pour trouver sa ruche.

Là-bas, tu verras, y’aura que des fées, des elfes et puis des Indiens qui parlent poliment aux ruisseaux, aux arbres et qui font silence quand un oiseau chante. Là-bas, tu verras, on aura du temps pour ne rien en faire.

Quoi ? C’est rien que du rêve ? Ca n’existe pas ? Voyons, mon oiseau, ce qui n’existe pas, c’est la terre ici et tout ce qu’on en fait, et tout ce qu’on en meure. Ce qui n’existe pas, c’est le rêve qu’on tue. Aller, viens, suis-moi. Y’a qu’à Everland qu’il reste de l’espoir.

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Gaspard 03/04/2011 20:20


Une partie de mon commentaire est désormais dézonée puisque celui de M. Zona a sauté !


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 03/04/2011 21:33



Ah ! En fait c'est seulement mon commentaire que je voulais effacer, puisqu'apparemment il prêtait à confusion, mais il a effacé Monsieur Emile Zona dans la foulée. Moi non plus, je n'ai pas vu
le rapport entre mon texte et l'autorité. Je ne pense pas qu'il ait voulu parler d'autorité au sens vraiment répressif, mais bon, le terme même d'autorité pour parler d'éducation ou
d'enseignement, ça fleure un tantinet le passé poussiéreux. Mais on sait pas, Monsieur Zona est peut-être un super prof, va savoir. 



Gaspard 03/04/2011 19:05


Je suis dubitatif. Pas surcette narration à la Saint Exupéry qui m’enchante. Pas sur cette fascinante imagination qui foisonne d’un univers à l’autre. Pas plus sur cette richesse, Myriam, à vous
renouveler dans tous les styles. Avec un égal succès.

Je suis dubitatif tout simplement sur l’intrusion de la biologie et de l’autorité. Des matières qu’on transforme. De la légitimité. Ca me fait froid dans le dos alors je repars dans la poésie du
texte. Insoumis et libre. Dans les rêveries et loin des réalités biologiques.


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 03/04/2011 20:08



Mais on est bien d'accord. Je répondais juste à Monsieur Emile Zona en m'interrogeant sur cette notion qui m'échappe. Merci pour vos compliments qui me vont droit à la plume, cher Gaspard. Toute
frémissante d'émotion et ragaillardie, elle osera peut-être relever l'encre pour tracer de nouveaux horizons. Je l'ai un peu en berne en ce moment, et ce texte date de l'année dernière.



Barbara 01/04/2011 15:41


Qui est le plus enfant des deux : le narrateur ou le destinataire ? C'est beau...


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 01/04/2011 16:15



Si tu as la réponse, le dis pas à ma fille !!!