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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 06:29

Je l’ai rencontré une nuit dans un bar louche d’Almeria où je traînais souvent mon spleen parce que les mecs y étaient joliment burinés et sévèrement burnés. Bien sûr, j’aurais pu rester peinarde à siroter ma flasque sous la lune mais ça hululait trop dans mon anti-chambre pour que je goûte le chant des cigale.  Je suis une femme, merde !

Dans ce bar, y’avait pas de pédés. Que des vrais mâles, du naturel, sans additifs. Rien sous la calotte, tout dans la culotte. Comme j’aime. Moi, je peux pas blairer les gonzes qui ont le cerveau encombré, ça réduit leur taux de testostérone et après faut y aller à la manivelle. Avant d’obtenir un résultat, t’as le temps de te faire un bite-elbow ou de dire un rosaire. En plus, c’est le genre qui se croit obligé de causer, alors on perd un temps dingue. Non, moi quand j’ai la chatte aux abois, faut pas que ça traîne. Par ici le souriceau, je clique, je croque et on n’en parle plus, j’ai pas que ça à foutre.

Ce soir-là, y’avait  matière. En vigie sur mon tabouret, je biberonnais mon whiskey l’œil vagabond. Hésitant. J’avais bien repéré un balaise magistralement gaulé, mais tellement musclé qu’il devait plus pouvoir plier les bras et les doigts, alors niveau efficacité, ça craignait forcément. Un petit caramel aussi, genre qui fond dans la bouche pas dans la main, mais le carambar, y’a rien à faire, ça tient pas la distance. J’étais tellement concentrée que j’avais pas noté l’arrivée subreptice à mes côtés d’un exceptionnel, d’un irréel, taillé sur mesure, carrossé dernier cri, capot à ouverture automatique, allumage instantané, cuir véritable, levier tactile. Ce sont mes narines qui ont détecté les premières sa présence. Une présence musquée, sudoripare auréolante. Sous mes bras. Pourtant j’avais mis Narta. Mon regard a suivi le conseil de mes narines. Et s’est écrasé sur des pectoraux bombés fidèlement moulés par un T-shirt anatomique avec une impression d’Hiroshima, mais j’ai pas fait gaffe au dessin. J’aurais dû.

 Mettez-vous à ma place  : A cet instant précis je n’ai pas conscience du danger. J’inhale, j’exhale par les yeux,  suis la courbe de ses reins, m’égare du nord vers son tramway,  ça siffle dans le tunnel, ça grésille à la soute, ça escarbille à la soupente. Sous mon regard franc de femme honnête, son muscle fessier se contracte. Il semble que ça produise une réaction en chaîne. D’autres tensions se font jour dans le noir. J’érectile du sein. Je tangue du sous-bassement.  Il surtensionne. Je tâtonne vers son bastingage, y’a du nœud dans le foc mais je m’arrime au bout. Tout s’accélère. Agrippée à la barre pour garder le cap, je l’entraîne au bout de la nuit comme un démon de minuit. Là je le plaque sur un tronc de palmier. Il gémit déjà. Peut-être parce que l’écorce est couverte de protubérances. Lui aussi. En même temps c’est pratique pour escalader. Alors je lui arrache  le calcif d’un coup de canine, dégage le mien en criant olé pour qu’il sorte la banderille, empoigne les protubérances et bondit telle une walkyrie en sonnant la charge. Je pars au trot enlevé. Puis un chant révolutionnaire me vient. Quelque chose de très beau, très émouvant qui monte dans la nuit. Et puis « je te tiens tu me tiens par la barbichette » mais sans la tapette. Dans ces moments-là il te vient des idées folles. Je me demande soudain si j’ai bien éteint le gaz. Lui fais part de mon doute mais le sens distrait. Evidemment, y’a pas plus égocentrique qu’un mec. Enervée, je repars à l’assaut. Lui ne désarme pas, mais j’en ai dématé de plus coriaces. Je flamboie. Il pavoise. J’aboie. Il poudroie je grimpe au palmier il me suit je vois la Vierge il appelle sa mère mais je pense pas qu’il y tienne alors j’entonne la Marseillaise son étendard levé nous oscillons ô gué le gai laboureur tout s’accélère des noix chutent nous ushuaïons chavirons chat-perché ça brûle sous le chapiteau !!!!!!!!

Et nous choyons. Dans les palmes. Que je lui décerne in petto avant de m’effondrer sur son poitrail et de m’assouplir dans un soupir. Fallait pas. Un truc me berce. Je sais pas d’où ça vient mais c’est pas désagréable. En fait, on dirait un tam-tam africain mais en plus doux. Ca fait radiateur aussi et ça doit être hallucinogène parce que sous mes paupières y’a des massifs de papillons et des essaims de myosotis, c’est complètement con, faut que j’y aille à cause du gaz.  Je lève les yeux vers son visage histoire de dire au-revoir et bien le bonjour à vot’ mère parce que j’ai des manières. Deuxième erreur. Il sourit. Et pas qu’un peu, y’en a partout, c’est dégueulasse. Je m’apprête à l’engueuler mais voilà qu’il émet des sons. Là je sens vraiment le coup fourré mais c’est pas facile de sauter du haut d’un palmier. Le temps que j’évalue les distances, Les sons se frayent un chemin  jusqu’à mes oreilles. Ca bruisse. Ca gazouille. Ca clapouille. Merde ! Un sensible ! Ah le malhonnête ! Ah le sournois ! Je veux sauter tant qu’il en est encore temps, mais trop tard. Il m’enlace en me murmurant des saloperies tendres et délicates. J’ai tout qui s’amollit de partout. Je vois les étoiles. Je suis foutue.

Faut me comprendre. J’étais tombée dans un piège. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je dois préparer le dîner parce qu’ il va pas tarder à rentrer et les gosses aussi. 

 

Myriam Rubis

 

COUP FOURRE

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commentaires

William 25/09/2011 20:59


Que pourrais bien vous faire que je le crois, ? Je ne suis qu'un prénom sans regard, sans contact, un petit point brillant dans un ciel étoilé, une goutte d'eau accrochée comme des milliers
d'autres sur la toile que vous avez tendue.
Vous êtes arrivée à m'embarquez à Alméria dans un moment torride et sensuel, avec un humour féroce que j'ai dégusté, et je vous rassure, je prends pas votre blog pour le "secret diary of a
nymphomaniac !
Je reprends peu mes textes, et je sais que vous militez pour un vrai travail littéraire, ce qui nous sépare. J'aime l'émotion et son rendu, peut être moins bien présentée, mais lorsque je veux
retravailler, je sape, je coupe, je raccourcis, en fait trop souvent je guillotine !
bonne soirée et bonne semaine !


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 29/09/2011 13:04



C'est drôle, vous n'êtes pas le premier à me dire que ce texte est " sensuel ", et ça m'épate vraiment de mouche, parce que j'ai juste voulu faire une parodie à la Audiard ou San Antonio... Avec
la note romantico-féminine sur la fin, car mon féminisme ne l'exclut pas, mais je n'imaginais pas un instant être réellement torride en violant ma victime en haut d'un palmier. Mais après
tout, tant mieux. Encore merci pour vos enthousiastes encouragements !



William 25/09/2011 08:51


Ahahahahahahahahahahah, Génialissime! Au fait, vous écrivez d'un trait, ou travaillez, travaillez, travaillez ??
Celui là, c'est une coupe de champagne grand cru millésimé, du Dom Pérignon de blog !
Tant que j'y pense, bonjour à Monsieur et aux gosses !!!
Ahahahahahahahah


myriam.rubis.wenig.over-blog.com 25/09/2011 20:06



En général, je travaille beaucoup, beaucoup, mais Coup fourré, A don Juan Carmens et demie (que je dois d'ailleurs retrailler sur la 2nde partie), une fille d'exception, ode à la fesse masculine,
c'est venu d'un coup, je n'ai pas beaucoup retravaillé. J'ai transmis à Monsieur et à LA gosse (je vous assure, tout n'est pas autobiographique, et je n'ai violé personne contre un palmier à
Almeria !) Mais... On peut toujours rêver........