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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 12:38
La beauté des brouettes

Je n’avais pas d’affinité particulière avec les brouettes. Surtout avec celle-là : lourde, cabossée, boiteuse. Pas choisie, donnée avec la maison rouge, les châtaigniers et les bottes trop grandes. Alors j’ai fait avec, puisque c’était là, au sommet d’une côte qui oblige à réfléchir avant d’y traîner des brouettes modernes. Et puis je ne suis pas du genre à investir dans ce genre d’outils, il faut vraiment qu’ils viennent me chercher. Qu’ils m’apprivoisent en quelque sorte. Cette brouette-là, elle m’a intimidée pendant deux ans avec ses toiles d’araignée. Je l’évitais encore plus que la bêche ou le râteau. C’est la voisine qui m’a obligée à sauter le pas en exigeant que je dégage un muret effondré. Pour un début de relation, on ne pouvait pas faire pire : briques en plomb, sentier étroit et pentu… J’ai commencé par pester contre cet objet et surtout contre les concepteurs de brouette. Ils savent pas, ces cons, que ce sont les vieux bourrés d’arthrose et sans rien à perdre qui jardinent ? Les jeunes, ils vont en boîte ou ils écrivent des poèmes !

Bref, je n’éprouvais aucune sympathie pour cette brouette jusqu’à hier. Jusqu’à ce que je la voie. C’était à la tombée du jour, sur le chemin couronné d’aloès, de joncs et de noyers. Elle était là, en plein milieu, dans une brume dorée tombée des feuillages. De travers. Cabossée. Sa vulnérabilité de brouette en plein dans les spot-lights du ciel, son passé lustré, ses bras polis par d’autres mains, tout à coup visibles.

C’est là que j’ai découvert la beauté des brouettes.

Là que je me suis mise à croire en l’âme des brouettes, moi qui ne crois pas en la mienne.

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