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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 10:13
Floue, lointaine, arthritique et royale.

Il m'arrive quelque chose d'unique à des milliers d'exemplaires : une lente métamorphose de mes environs et de mes horizons. Mes proximités s'embrument tandis que mon au-delà se précise. Je vois d'un promontoire, en quelque sorte, je m'élève, m'éloigne du trop proche pour me rapprocher du lointain. Pour mieux cerner ce phénomène dans l'enclos de sa science, mon ophtalmo me traite de presbyte, mais je ne lui en veux pas. Ma distance naturelle d'avec ceux qui m'auscultent de trop près me rend compréhensive et j'accepte ses lunettes, dont je ne chausserai mes visions qu'en cas d'absolue nécessité. En effet, pourquoi s'encombrer l’œil de détails inutiles quand on peut flotter dans une aquarelle ou funambuler sur le fil net de l'horizon ? D'autant que cette nouveauté physiologique a d'intéressantes répercussions : Il y a un écho intérieur à mes visions extérieures. Au premier plan, une dilution artistique de mes certitudes aigues et de mes droites lignes, une vapeur de doute qui me défocalise et me diffuse. Les lointains de ma pensée, au contraire, s'éclaircissent et se désencombrent. C'est l'oubli qui commence à faire en moi un magnifique ménage d'hiver. L'oubli, c'est ma plus belle découverte. Sa puissance nettoyante ne cesse de me ravir en me faisant faire de substantielles économies de larmes là où d'autres paient pour se souvenir. Grâce à lui, ma boutique à souvenirs vire au minimalisme : plus de canard boiteux en porcelaine fêlée , plus de boîtes à rengaines, plus de coquillages creux pêchés au fond du désespoir. Quelques belles de nuit parmes, une comptine et une main dont le chaud est resté sur mon front, voilà tout ce qu'il me reste. Voilà tout ce qu'il me faut. J'en fais le tour en un battement de paupière puis me replonge avec joie dans mes sensations proches. Rien d'autre que mes sensations. Mes os, de plus en plus douloureux, m'y aident d'ailleurs considérablement en m'interdisant les excès d'abstraction, car ils me rappellent sans cesse que je suis ici et maintenant jusqu'à la moelle. Ma pensée aussi devient arthritique. Elle ne peut plus se livrer à ses cabrioles d'autrefois, mais ce qu'elle perd en souplesse, elle le gagne en lente majesté. Mes pensées comme mes gestes vont à l'économie. A l'essentiel, par la voie la plus directe. Ainsi le ciel, qui autrefois provoquait en moi diverses métaphores et détours poétiques, est revenu à son bleu d'origine. Il est bleu comme lui-même et c'est bien suffisant. Je le goûte mieux comme ça, pur, sans rondelle ni sucre au bord des lèvres. Je le bois cul sec et je me tais.

Myriam Rubis

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commentaires

Patricia Gaillard 24/12/2014 07:35

Belle promenade poétique dans l'existence, Myriam, merci...

Myriam Rubis 24/12/2014 19:02

Merci Patricia. A toi aussi :)