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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 13:18

Frères ogres, sœurs ogresses, salut, bonne chair et belle paillardise !

J’en vois parmi vous qui sont déconcertés. Qui se demandent à qui mon discours s’adresse.

Mais à vous, frères ogres, à vous, sœurs ogresses !

Quoi ? Vous l’avez oublié ? L’ogre en vous, vous l’avez oublié ? Ah malheureux, rien d’étonnant, on vous l’a endormi, on vous l’a amaigri ! Regardez-vous, il est méconnaissable. Anorexique, lyophilisé. Sans vouloir vous vexer, on dirait Kate Moss.

Vous me direz… Moi-même, je n’affiche pas ostensiblement ma vraie nature. Mais moi, c’est différent. Moi, c’est pour tromper l’ennemi. Regardez mieux. Si je me déploie, comme ça… Regardez bien... Me voilà fessue, ventrue, joufflue et, j’ose l’affirmer, MAMELUE ! (avec les yeux du coeur, Monsieur, avec l’utilitaire ça ne marche pas, merci).

A vous maintenant. Faites-en autant, pour voir ! Lâchez tout, enflez-vous, cambrez-vous ! Oui, pas mal, certains ont des dispositions, je commence à voir du substantiel, du charnu, des crocs ! Encore ! Sortez-moi ces ventres ! Cessez de comprimer votre énorme vessie et de la faire passer pour une petite lanterne pissant froid la lumière, elle est faite pour arroser la lune et les étoiles ! Allez, déversez-vous, exprimez-vous, exprimez tout ! Vos sucs, vos essences, vos humeurs ! Oui, vos humeurs, ne les torchez plus dans des réduits obscurs, église ou cabinet, qu’elles sortent, mes frères, qu’elles se répandent, mes sœurs, et humectent la sècheresse ambiante ! Que des fleurs, des fruits, des branches vigoureuses y poussent ! Car vous n’avez que trop taillé votre corps et votre âme au sécateur de la bienséance, trop désherbé votre parole aux pesticides conventionnels ! A force de maîtriser votre libre nature, vous l’avez désertifiée, vous l’avez désertée !

Libérez-moi tout ça ! Vos soleils, vos orages, vos aurores boréales, ne les enfermez plus dans des boîtes à pilule, ne les débitez plus dans des boîtes à images, des boîtes à micro-bits ! Si vous avez la rage, qu’elle déchire votre race ! Si vous avez l’amour, qu’il Shakespeare sur la place ! Vos « Je t’aime » et vos « Va te faire foutre », dites-les, braillez-les, cœur et cul nu, toujours !

Car en vérité je vous le dis, frères ogres, sœurs ogresses, l’enfer c’est la retenue, c’est la minceur des sentiments, la raison qui étouffe l’oraison et bouche l’horizon du désir ! L’enfer, c’est de ne pas brûler. L’enfer, c’est l’économie.

Quant au paradis, sœurs ogres, frères ogresses, il n’est pas ce qu’en disent les austères, les maigres du dedans. Il ne passe pas par l’étroitesse. Au contraire, il aime le large, le grand large et le vent dans les voiles ! Il n’est même que largesse de corps, de cœur et d’esprit ! Aucune porte étroite, meurtrière ou jalousie ne le défendent, il n’en a pas besoin. A ses entrées multiples, aucun droit de passage, papier d’identité ou tenue correcte exigée. On y va débraillé et poches trouées en vagabonds de la vie.

Et pour ceux de notre espèce, sachez-le, Dieu a prévu une entrée extra-large ! Car sans ouverture suffisante pour que les anges joufflus, fessus et mamelus, les anges aux ailes de géant (les ogres en somme), sans ouverture suffisante pour qu’y passe l’air de la liberté… Il n’est point de paradis.

Myriam Rubis

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commentaires

Olivarius 28/03/2014 09:26

Comme on dit sur l'internet avec un simple émoticon - pardon, émoticône, j'aime ! J'aime vraiment beaucoup, chère Myriam, ta manière inspirée et rare de jouer avec les mots, et les idées à rebrousse-poil qui sont derrière. Je n'utiliserais pas toujours les mêmes mots et la même manière de voir les choses, puisque chacun de nous est le porteur d'un conte merveilleusement unique, mais peu importe : j'aime ! Allez, une petite émoticône ! :-)