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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 12:57

Il y a un arbre dans un parc avec lequel j'ai décidé de faire connaissance, et ça me prend un temps fou. Le temps de la surprise. C'est un mot très juste, surprise, parce que sa prise sur moi se fait d'abord par au-dessus, par les airs sans paroles avec ses branches et ses oiseaux. C'est seulement après avoir été tête en l'air que je m'assois entre ses racines. Elles non plus, elles n'ont rien à dire parce qu'elles sont trop occupées à transporter le bas vers le haut. C'est un travail très lent et très silencieux. Un arbre, c'est du silence qui pousse. Et ce platane, ça fait plus d'un siècle qu'il se tait de plus en plus lentement, de plus en plus fort. Ca me console d'être lente et de pas trouver les mots.

 

Y'a pas plus solide qu'un fil de lumière pour s'accrocher quand on dérape.

 

Soir d'été à mon balcon, celui qui donne sur des cours, des crinières sombres d'arbres et des ombres de chats. Par le rectangle d'or des fenêtres, des voix, des tintements s'échappent, et quelques rires. La cigarette au bec comme un vieux rêve à consumer, j'écoute ces petits bonheurs qui font un bruit d'assiette.

 

Quand le soleil avant de disparaître n'a plus que sa douceur à poser sur les choses - une poignée de sable sur le saule, un souffle doré sur les fleurs d'amandier - quand il coule sur la montagne et se mélange à l'ombre ; quand les branches hautes du peuplier retiennent jusqu'au dernier moment la lumière safran... je dépose les armes et je remercie.

 

Pensée bleu espagnol sous un ciel de même couleur : on ne peut rencontrer l'autre qu'au lieu où on se rencontre soi.

 

Chuis énervée (c'est top, l'énervement, pour écrire). Je viens encore de lire une généralité sur la sexualité et les comportements amoureux de la gent humaine. C'est simple : les mâles ont une libido bien plus irrépressible que les femmes qui, c'est bien connu, sont de purs esprits qui ne se livrent à l'acte charnel qu'un chapelet à la main, et encore, juste avec leur mari. Jamais elles ne vacillent devant un beau gars inconnu, jamais ne rêvent ce que cette main, cette belle main d'homme pourrait dire à leur peau. Ce regard flambant noir croisé au supermarché, impossible qu'elles y dérapent ; ce type un jour d'été qui ôte son T-shirt et révèle des bras cuivrés, un torse doux, loin d'elles l'envie d'en vérifier la texture et la température. Le feu incontrôlable au coeur et au reste, jamais !! On est nées raisonnables, monogames sans effort, mal-voyantes et tièdes du coquelicot. Ca c'est une théorie. Il y a l'autre aussi qui nous estime tellement obsédées sexuelles que le plus prudent c'est l'excision, l'enfermement, la surveillance. Va comprendre, Charles.

 

J'aime pas le bleu marine, c'est la couleur la plus chiante qui soit. Pas assumée, coincée du bleu, elle ose à peine être elle, comme si c'était cochon de s'afficher franchement. Planquée entre le noir et le vrai bleu, on sent qu'elle fera jamais son coming-out, que toujours elle se faufilera dans les zones incolores du bon ton. Car réticente à tout risque, toute forme de vivacité, elle ne fréquente que les chaussures plates, les jours de pluie et les drapeaux. C'est la soeur chic du marron, plus populaire mais tout aussi chiant malgré sa connexion avec les années soixante-dix où elle a eu une aventure avec l'orange. Rien que d'y penser j'ai mal au papier-peint, mais lui au moins, il a essayé. Le bleu marine, rien, même collé au crème il reste vieille fille. Vierge et martyr, contraceptif. Même sur une mère de dix enfants. Et usurpateur avec ça ! Parce que " marine ", il l'a volé à la mer et à l'aigue, il l'a extirpé des profondeurs sans rien y comprendre. Bref, j'aime pas le bleu foncé plat, mais j'irai pas le traiter de fasciste pour autant.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 11:53

Où je ferai dialoguer art de rue et contes d'autrefois. Pas pour les enfants.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 11:39

J'y participerai, au milieu de grands conteurs, j'en suis toute émoustillée.

Voilà le programme :

https://fr.calameo.com/read/001261159141b115a0da6

https://youtu.be/c9aq0Jf_i0U

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:34

" Je veux l'étoile du matin
Où est l'étoile du matin ?
Mes amis, mes ennemis,
Cherchez l'étoile du matin
Elle a disparu elle était nue
Avec qui a-t-elle disparu ?
Cherchez partout

Dites que je suis un homme sans fierté
Un homme qui accepte tout
Qu'est-ce que ça peut me faire ?
Je veux l'étoile du matin

Pendant trois jours et trois nuits
J'ai été assassin, suicidaire
Voleur, canaille, faussaire

Vierge mal-sexuée
Tourmenteuse d'affligés
Girafe à deux têtes
Péchez pour tous péchez avec tous

Péchez avec les voyous
Péchez avec les sergents
Péchez avec les marins
Péchez de toutes les façons

Avec les Grecs et les Troyens
Avec le Père et le sacristain
Avec le lépreux de Pouso Alto

Et après avec moi

Je t'attendrai entre bals neuvaines chevauchées
Je mangerai de la terre et dirai des choses d'une tendresse si simple
Que tu t'évanouiras
Cherchez partout
Pure ou salie jusqu'aux pires bassesses
Je veux l'étoile du matin. "

(Manuel Bandeira, traduit pour le plaisir de le translire)

Eu quero a estrela da manhã
Onde está a estrela da manhã?
Meus amigos meus inimigos
Procurem a estrela da manhã

Ela desapareceu ia nua
Desapareceu com quem?
Procurem por toda a parte

Digam que sou um homem sem orgulho
Um homem que aceita tudo
Que me importa? Eu quero a estrela da manhã

Três dias e três noites
Fui assassino e suicida
Ladrão, pulha, falsário

Virgem mal-sexuada
Atribuladora dos aflitos
Girafa de duas cabeças
Pecai por todos pecai com todos

Pecai com os malandros
Pecai com os sargentos
Pecai com os fuzileiros navais
Pecai de todas as maneiras

Com os gregos e com os troianos
Com o padre e com o sacristão
Com o leproso de Pouso Alto

Depois comigo

Te esperarei com mafuás novenas cavalhadas
comerei terra e direi coisas de uma ternura tão simples
Que tu desfalecerás
Procurem por toda parte
Pura ou degradada até a última baixeza
eu quero a estrela da manhã

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 13:24

Parce que Sandrine Rouquet, Bernadette Heinrich, les frères Dubz et moi, on remettra la fête à sa place du côté de la Place des Fêtes, dans ce XIXe plein de poésie cachée et de jardins secrets. Au programme, des histoires, de la musique, une balade, et surtout de la joie ! Si ça vous branche, merci de réserver juste pour qu'on ait une idée du nombre.

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 12:55

Eh eeeeeeh ! Le samedi 22 avril 17, c'est décidé, je fais le mur et je danse sur la tête à Belleville ! Si vous voulez voir ça, contactez-moi au 06 50 59 20 40 !

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 11:30
Chers amis de la parole ailée,
 
Le vendredi 24 mars au libertaire Forum Léo Ferré, Monsieur Henri Gougaud, Paris-Conteurs (https://www.paris-conteurs.fr/), Colette Muglia et Myriam Rubis bousculent les codes, les barrières et les nuages gris !
 
Si vous voulez vous évader avec nous de l'autre côté de l'hiver, c'est l'occasion, c'est bientôt, c'est juste à côté !
 
Pensez à réserver !
Forum Léo Ferré
11 rue Barbès - 94200 Ivry sur Seine - Tél. 01 46 72 64 68
resa@forumleoferre.org

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 12:24

C’est veille de Noël. Sainte Marie Tout-en-Plâtre crève de froid dans sa niche romane malgré la robe en velours qu’on lui a mise pour faire chic. Elle crève de froid et d’ennui. Sous prétexte que c’est bientôt l’anniversaire du Petit, ça n’arrête pas les défilés de moines confits. Craquements de genoux, luisances de crâne, marmonnements, c’est tout ce qu’ils savent lui donner. Pas un regard, pas un mot un peu perso. S’ils levaient la tête, ils la verraient étouffer des bâillements, mais rien de plus aveuglant que l’adoration froide. Alors elle attend que ça passe en soufflant sur la mantille qui lui gratte les joues.

 

Elle attend que Jean passe.

Jean le simple, le bégayant, le tout mignon au visage d’ange égaré sur la terre. Celui que les autres prennent pour un idiot parce qu’il bégaie. Parce qu’il est incapable de dire sans trébucher un seul Ave Maria. Parce qu’il s’endort sur son chapelet. Il s’endort et il rêve de Marie aux yeux outre-ciel, Marie qui danse pieds nus dans les nuages. Elle, elle aime qu’il la rêve comme ça et qu’il ne lui dise rien quand il est devant elle, tout nu dans sa béatitude.

Alors elle l’attend. Elle attend ce moment où il n’y a plus personne dans la chapelle et où il vient la voir en cachette des autres.

 

Le voilà, il arrive. Rougissant, trébuchant dans sa robe trop longue. Il s’arrête à un mètre d’elle et reste là, ballant, béat, à la regarder en plein visage, timide et éhonté. Quand le sourire en plâtre prend vie pour lui, ça ne l’étonne pas. Et quand soudain Marie arrache sa mantille, quand soudain elle retrousse ses jupes sur ses jambes blanches pour descendre de sa niche, ça ne l’étonne pas non plus. Il lui tend la main, pour qu’elle ne tombe pas, mais elle saute, légère, et la voilà tout près de lui, toute chaude, et qui murmure : « Embrasse-moi donc. »

 

Là quand même, ça l’étonne. Il bafouille que ça ne se fait pas, qu’elle est la Sainte Vierge et lui, un moine débutant, qu’il ne mérite pas, que... Mais la vierge rigole. Et c’est elle qui se penche vers lui, elle qui pose sur ses lèvres un baiser de chair et de ciel mêlés. Murmure de vieilles pierres. Rougeoiement des vitraux. Battements d’ailes affolés de la Sainte Colombe. Saint Pierre lâche ses clefs.

Jean découvre le goût du Paradis.

Elle, celui de l'éphémère.

 

Lorsque Marie reprend ses distances pour le rendre à la terre, un cercle d’or entoure la bouche de Jean. C’est son cadeau. Le seul qu’elle puisse lui faire. Elle lui dit : « Va, et garde ça pour toi. » Alors il s’éloigne, vite, sans se retourner pour ne pas la retrouver en plâtre sur son piédestal. Pour ne pas la perdre.

 

Lorsqu’ils ont vu la niche vide et sur le sol la robe en tas, les moines ont cru à un vol. Et plus tard, quand au croisement des chemins, au bord d’une rivière ou au sombre des bois ils ont croisé Marie, ils ne l’ont pas reconnue. Ondine, sorcière, succube, fantasme, c’est ainsi qu’ils l’ont nommée. Ainsi qu’on la nomme encore. Peu importe à Marie. Elle est libre et ne se montre qu’aux simples.

 

Quant à Jean, depuis que sa langue s’est déliée dans le souffle de Marie, on l’appelle Saint Jean Bouche d’Or. Car désormais, quand il parle du ciel et de ses habitants, même les cailloux s'émeuvent.

 

Jean est toujours vivant. C’est toi lorsque l’amour t’allume.

 

Myriam Rubis

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 17:53

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Avant d’aborder cette branche du droit trop souvent négligée, il convient de citer les faits, rien que les fesses, et de se poser cette question fondamentale : Qu’est-ce que « la » fesse ?

Tout d’abord, une évidence. Elle est partout, on ne voit qu’elle et tous ses avatars : Vraie fesse, fausse fesse, vraie fausse fesse, fesse honteuse ou en gloire, murale ou sur papier glacé, fesse virtuelle, fesse-mathieu, fesse-book. Elle nous suit, nous soutient, nous retient, ou alors nous précède, surtout en jean moulant dans l’escalier, nous guide, nous aguiche, nous étoile, nous étiole, bref nous hante.

Ensuite, une particularité que je n’hésiterai pas à qualifier de morpho-spirituelle. Car on le sait, ce qui différencie l’homme de la bête, c’est la fesse. En effet, les animaux ne disposent, dans le meilleur des cas, que de postérieurs assujettis à leurs fonctions purement utilitaires : éliminer, se reproduire, s’asseoir. Rien à voir avec la fesse humaine qui, tout au contraire : élimine, se reproduit, s’assoit.  La différence est fondamentale et saute aux yeux comme un pénis esseulé dans la main de son propriétaire. Je m’explique : Contrairement à la bête qui élimine des croquettes, de l’herbe ou des souris crues, l’homme défèque des cèpes à la crème, des sushis et des profiteroles.

Deuxio, l’homme se reproduit, oui, mais pas seulement pour le plaisir. Pour le sexe aussi. Et c’est souvent très compliqué chez l’homme et carrément virtuose chez la femme qui est plus douée. En effet, on n’a jamais vu des caniches faire le tripode à rebours,  la conversion avale, la tondeuse pékinoise ou la brouette accro-branche. C’est bien la preuve.

Enfin, l’homme s’assoit mais ça n’a rien à voir, car il évite soigneusement l’herbe humide, le fil électrique et les nénuphars.  Tout au contraire, il pose son bien-séant sur un élément généralement surélevé appelé chaise ou canapé, et face à : Un ordinateur, un plat de frites, sa femme, un match de foot sur TF1 avec un enculé d’arbitre et les pédés de l’OM. Dans ce dernier cas, si son équipe marque un but, il laisse éclater sa joie en tressautant sur son siège au risque de se blesser. Dans l’avant-dernier, si sa femme lui annonce son départ, il laisse éclater sa joie/douleur[1] en tressautant des fesses au risque de se blesser. Dans l’avant-avant-dernier cas, si les frites lui brûlent le palais, il laisse éclater sa douleur etc au risque d’etc. Enfin, dans le premier cas, si l’ordi bugue, il laisse éclater sa fureur etc.

CQFD : La fesse de l’homme est, sans l’ombre d’un poil pubien, le siège de ses émotions les plus subtiles, les plus intimes, les plus élevées. La fesse de l’homme est sensible. C’est là sa force et sa faiblesse.

Or plus l’Homme (le vrai, avec une cravate) travaille plus pour gagner plus, plus il s’assoit plus : à son bureau, au Ritz, au Martinez et dans les loges VIP du stade de France. Il s’ensuit qu’il est de plus en plus souvent amené à se taper le derrière sur son siège, de joie ou de douleur. Donc sa fesse se fragilise plus vite que la faune de la méditerranée, mais Yann-Arthus-Bertrand, malgré sa hauteur de vues sur son larfeuille, n’a pas trouvé la bonne altitude pour la photographier. C’est donc à nous, fessologues avertis,  créateurs d’emplois et bienfaiteurs anonymes de la fesse, de le clamer haut et fort : le siège social de l’homo sedens court un grave danger !

Alors je vous le demande. Supporterons-nous sans rien faire qu’elle succombe au furoncle et à l’escarre ? Non ! Mille fois non ! Nous sauverons la fesse, en droit, en vers et contre tout, ne la lâcherons sous aucun prétexte, la marquerons à la culotte ! Car elle le mérite, après tout ce qu’elle a fait pour nous ! Elle mérite le respect, la tendresse, la caresse. Elle mérite la housse ! Oui Mesdames, oui Messieurs, la housse de siège ! La housse la plus douce, la housse en mousse, la housse maousse, la housse « Classe Affaire », sérigraphiée, customisée, taillée à la mesure de chaque fesse, pour mieux l’envelopper, l’élever, la sublimer, car « A fesse unique, housse unique ! », tel est notre slogan, notre hymne à la fesse, ô fesse, notre patrie, qu’un 100% pur polymère abreuve ton sillon ! »

MYRIAM RUBIS 

 

[1] Rayer la mention inutile

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 18:07

Mon père ne m’a pas laissé le choix. Tout ce qu’il n’a pas su me dire, il l’a transformé en arbres et ciel à flanc de montagne, avec au milieu une maison friable. C’est le jour de son extrémité – celle où on ne refuse plus rien – qu’il m’a dit : « Garde-la. » Alors j’ai accepté.

Avec le temps, c’est devenu mon endroit. Le seul où je ne suis plus bancale. Parce que grâce à la pente, c’est normal d’y marcher de travers, sinon on tombe. Autrement dit, si le plat des villes souligne mon mauvais penchant, mon déséquilibre devient un équilibre dans les hauteurs.

Et puis les papillons me retiennent.

Et les étoiles aussi qui sentent l’herbe mouillée.

Du coup, j’ai moins besoin de mes souvenirs pour tenir. Je les dépose un peu partout : dans le lilas, les feuilles, les bambous. A part certains que je balance dans les étoiles pour qu’ils clignotent sans moi. Ce sont des souvenirs plus précieux que les autres parce qu’ils ne sont pas encore tout à fait arrivés. Alors j’aime autant que mon cortijo les embellisse, pour quand je les récupèrerai à la sortie.

Mais là tout de suite, j’ai mieux à faire que de polir du rêve. Parce qu’ici, même les bûches me parlent, et il m’arrive d’aimer une fissure dans la poutre. C’est presque suffisant. Bien sûr « presque », c’est encore beaucoup, encore plein d’ailleurs, d’hier et de demain, mais ça laisse la place à l’inattendu : le serpent noir qui ondule sur coussin d’air, le soleil parfumé comme un vieux beau le soir, le matin qui pique...

Petit à petit, les chauves-souris m’acceptent, à force de me voir pisser sous la lune. Au bout de deux mois, je peux même dire qu’elles me cherchent. C’est rapport aux étoiles, je crois, et ce que j’y ai balancé. Comme pour me dire que je peux partir sans fermer la porte du ciel, y’a pas de voleurs, elles veillent. Je peux même y laisser mes affaires. C’est pas que j’ai pas confiance, mais je récupère toujours deux ou trois trucs : un sourire perdu, une odeur de pull, et le poème qu’on ne m’a pas écrit. Pour ne pas tomber.

Un jour, peut-être, je les laisserai.

Myriam Rubis

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